Les fonctionnalités d'un logiciel comptable pour le BTP
Un logiciel comptable généraliste sait émettre une facture et suivre un compte bancaire. Sur un chantier, cela ne suffit pas : le paiement arrive par étapes, la TVA dépend du type de travaux et de client, et chaque chantier doit être suivi séparément pour savoir s'il rapporte de l'argent. Voici les fonctionnalités à vérifier, et celles qui deviennent indispensables selon votre statut.
Devis détaillés et bibliothèque d'ouvrages
Le devis est le point de départ de tout chantier : une fois accepté, il vaut contrat. Les logiciels du bâtiment proposent des bibliothèques d'ouvrages (prix de fournitures, temps de pose, coefficients) qui évitent de rechiffrer chaque ligne. Vérifiez que le devis se transforme sans ressaisie en acompte, en situations puis en facture de solde, avec le bon taux de TVA ligne par ligne.
Factures de situation et acomptes
Sur un chantier de plusieurs semaines, vous facturez l'avancement réel : 30 % des fondations, 60 % du gros œuvre, et ainsi de suite. Chaque situation reprend le cumul des travaux déjà réalisés et déduit ce qui a déjà été facturé. Un bon logiciel garde ce cumul à jour, gère les avoirs et les avenants, et envoie chaque situation avec la bonne numérotation. Sans cela, un tableur finit par se tromper de colonne.
Retenue de garantie
Sur un marché de travaux privé, le client peut retenir au plus 5 % du montant du marché pour couvrir les réserves à la réception (loi du 16 juillet 1971). Cette somme doit être consignée, ou remplacée par une caution bancaire, et vous revient un an après la réception, sauf si le client a notifié une opposition motivée par des réserves non levées. En comptabilité, elle reste en créance sur le client (compte 4117) : le logiciel doit la suivre à part, la rappeler à l'échéance et la distinguer du reste des impayés.
TVA à 20 %, 10 % et 5,5 %
Les travaux neufs ou sur un local professionnel sont à 20 %. Les travaux d'amélioration, de transformation, d'aménagement et d'entretien dans un logement achevé depuis plus de deux ans relèvent de 10 %, sauf s'ils reviennent à reconstruire le bâtiment ou en augmentent la surface de plus de 10 %. Certains travaux d'amélioration de la qualité énergétique de ce même logement passent à 5,5 %. Un seul devis peut mélanger plusieurs taux : le logiciel doit les porter ligne par ligne et reconstituer la TVA collectée par taux pour la déclaration.
Justificatif de TVA réduite
Depuis le 16 février 2025, l'attestation de TVA réduite (formulaires 1300-SD et 1301-SD) est supprimée. Le client certifie désormais, par une mention datée et signée sur le devis ou la facture, que les travaux portent sur un logement achevé depuis plus de deux ans et remplissent les conditions du taux réduit. Sans cette mention, le taux de 10 % ou 5,5 % peut être remis en cause. Les meilleurs outils ajoutent la mention au devis, la font signer en ligne et la conservent avec la facture.
Autoliquidation de la TVA en sous-traitance
Quand vous travaillez comme sous-traitant d'une entreprise assujettie à la TVA, pour des travaux de construction, vous facturez hors taxe et c'est votre donneur d'ordre qui déclare la TVA. La facture doit porter la mention « Autoliquidation ». À l'inverse, si vous faites appel à un sous-traitant, vous recevez une facture sans TVA et vous devez la déclarer vous-même, en collectée et en déductible. Le logiciel doit gérer ce cas, y compris dans la déclaration de TVA.
Suivi de chantier et rentabilité
Un chantier se gagne ou se perd sur le détail : heures passées, matériaux achetés, sous-traitance, location de matériel. La comptabilité analytique par chantier compare le devis initial au coût réel et à ce qui est déjà encaissé. Peu de logiciels comptables le font nativement ; c'est le terrain des logiciels du bâtiment, qui exportent ensuite leurs écritures vers votre compta.
Achats de matériaux et stock
Le bois, le carrelage ou le câble achetés pour un chantier sont une charge, mais ce qui reste en dépôt à la clôture est un stock qu'il faut valoriser. Le logiciel doit récupérer les factures fournisseurs, les rattacher au chantier concerné et alimenter la variation de stock à l'inventaire de fin d'année.
Véhicules, outillage et assurance décennale
L'utilitaire, l'outillage et l'assurance décennale sont les trois grosses lignes de charges d'un artisan. L'utilitaire peut être acheté, loué ou financé en crédit-bail, avec un traitement différent à chaque fois. La prime de décennale est une charge déductible au réel, à suivre sur l'année. Un logiciel adapté classe ces dépenses et prépare les amortissements pour l'expert-comptable.
Facture électronique et transmission
Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA établies en France doivent pouvoir recevoir des factures électroniques via une plateforme agréée. L'obligation d'en émettre arrive le 1er septembre 2027 pour les PME et les micro-entreprises. À la même date, pour les chantiers chez des particuliers, vous devrez transmettre des données de transaction et de paiement (e-reporting). Choisissez dès maintenant un outil relié à une plateforme agréée.
Les fonctionnalités d'un logiciel comptable pour le BTP, selon la situation
| Fonctionnalité | Micro-entreprise | EI au réel | Société (EURL, SASU) |
| Devis et facturation conformes |
Indispensable | Indispensable | Indispensable |
| Factures de situation et acomptes |
Utile | Indispensable | Indispensable |
| Retenue de garantie |
— | Utile | Indispensable |
| Synchronisation bancaire |
Utile | Indispensable | Indispensable |
| TVA à plusieurs taux |
—franchise en base jusqu'à 37 500 € de prestations | Indispensable | Indispensable |
| Autoliquidation en sous-traitance |
— | Utilesi sous-traitance | Utilesi sous-traitance |
| Suivi de chantier et rentabilité |
Utile | Indispensable | Indispensable |
| Gestion du stock de matériaux |
— | Utile | Indispensable |
| Bilan et liasse fiscale |
— | Indispensable | Indispensable |
| Paie des ouvriers |
— | — | Utilesi salariés |
Micro, EI au réel ou société : ce que ça change pour le logiciel
En micro-entreprise, vous ne tenez pas de comptabilité au sens strict : un livre des recettes, un registre des achats si vous revendez des fournitures, et vos déclarations suffisent. Un abattement forfaitaire de 50 % est appliqué à vos prestations pour calculer votre revenu imposable, et vos dépenses réelles ne comptent pas. Si vous fournissez les matériaux qui entrent dans l'ouvrage, votre activité est en principe mixte : la part de fournitures suit les règles des ventes (abattement de 71 %), avec un plafond global de 203 100 € dont 83 600 € au plus de prestations en 2026. Pour un artisan qui achète peu de matériaux et facture des particuliers, un outil de devis et de facturation, souvent gratuit, suffit. Le chiffre d'affaires moyen déclaré par un micro-entrepreneur du bâtiment reste modeste, un peu moins de 7 700 € par trimestre fin 2025.
Le calcul change quand vos charges dépassent l'abattement, soit la moitié de votre chiffre d'affaires de prestations, ce qui arrive vite : matériaux, sous-traitance, utilitaire, outillage et assurance décennale pèsent lourd. Au réel, ces dépenses sont déduites pour leur montant exact, mais il faut tenir une comptabilité complète, avec bilan et liasse fiscale, et gérer la TVA par taux. C'est à ce moment que le suivi des factures de situation, des achats de matériaux et l'accès d'un expert-comptable deviennent décisifs.
Beaucoup de créations se font en entreprise individuelle, mais la société prend le relais dès que les chantiers grossissent : à la création dans le secteur, près de six créations sur dix se font en EI et quatre sur dix en société. Passer en SARL, EURL ou SAS apporte la séparation du patrimoine, mais impose bilan, liasse et dépôt des comptes. Dès le premier ouvrier, quelle que soit la forme, s'ajoutent la paie et les cotisations propres au bâtiment, comme les congés payés versés à une caisse dédiée. Choisir dès le départ un outil qui couvre les trois cas évite une migration de données en cours de route.