Les fonctionnalités d'un logiciel comptable pour artisan
Un logiciel comptable généraliste sait émettre une facture et suivre un compte bancaire. Pour un artisan, cela ne suffit pas toujours : il faut acheter, stocker, vendre à plusieurs taux de TVA et, souvent, encaisser des clients à l'atelier ou à la boutique. Voici les fonctionnalités à vérifier, et celles qui deviennent indispensables selon votre statut.
Achats, fournisseurs et stock
Farine, produits capillaires, pièces détachées, bois : la matière première pèse lourd dans les charges, et son prix évolue vite. Le logiciel doit rattacher chaque facture fournisseur à une opération bancaire, suivre ce qui reste à payer et, pour une activité de fabrication ou de vente, aider à valoriser le stock en fin d'exercice. En micro-entreprise, il n'y a pas d'inventaire, mais un registre des achats est obligatoire dès que vous revendez des marchandises. Au réel, le stock de clôture entre dans le calcul du résultat : une valeur oubliée ou mal évaluée fausse le bénéfice imposable.
Caisse et encaissements de particuliers
Si vous enregistrez les paiements de clients particuliers dans un logiciel de comptabilité, de gestion ou une caisse enregistreuse, la loi impose depuis le 1er janvier 2018 un logiciel qui garantit l'inaltérabilité, la sécurisation, la conservation et l'archivage des données. On le prouve par un certificat délivré par un organisme accrédité (NF 525 est le plus courant) ou par une attestation individuelle de l'éditeur : cette seconde possibilité, supprimée en 2025, a été rétablie par la loi de finances pour 2026. Faute de justificatif, l'amende est de 7 500 € par logiciel ou système concerné. L'obligation vise les assujettis à la TVA : elle ne concerne ni les entreprises en franchise en base, ni celles dont la clientèle est exclusivement professionnelle, ni celles qui ne réalisent que des opérations exonérées. Les logiciels comparés sur cette page ne sont pas des caisses : si vous vendez au comptoir, la caisse est un outil à choisir à part, puis à relier à la comptabilité.
TVA à plusieurs taux
Chez un artisan de l'alimentation, le pain et les denrées alimentaires sont en principe à 5,5 %, les produits consommés sur place et les préparations destinées à une consommation immédiate (sandwichs, plats à emporter) à 10 %, les boissons alcoolisées à 20 %. Un coiffeur, un garagiste ou un esthéticien facturent leurs prestations à 20 %. Le logiciel doit porter le bon taux ligne par ligne, séparer la TVA collectée de la TVA déductible et préparer la déclaration, mensuelle ou annuelle selon votre régime. Hors franchise en base, une erreur de taux se paie à la déclaration.
Devis, facturation et facture électronique
Le devis est obligatoire pour certaines prestations et recommandé pour toutes : il vaut accord sur le prix. Vos factures doivent comporter les mentions légales et une numérotation continue. Depuis le 1er septembre 2026, toute entreprise assujettie à la TVA doit pouvoir recevoir des factures électroniques ; l'obligation d'en émettre arrive le 1er septembre 2027 pour les petites entreprises et les micro-entreprises. Le logiciel doit donc être relié à une plateforme agréée et, pour les ventes à des particuliers, transmettre les données de ces opérations.
Micro-entreprise : livre des recettes et registre des achats
En micro-BIC, vous tenez un livre des recettes, daté et détaillé par encaissement, et, si vous vendez des marchandises, un registre des achats. Le logiciel doit pouvoir produire ces deux états et conserver les justificatifs. Il doit aussi distinguer la vente de la prestation, car l'abattement forfaitaire n'est pas le même : 71 % pour la vente, 50 % pour la prestation de services. Un boulanger vend, une coiffeuse rend un service, un garagiste fait souvent les deux.
Véhicule, outillage et déplacements
Camionnette de tournée, utilitaire d'intervention, véhicule de société : le traitement change selon que le véhicule appartient à l'entreprise, est loué ou financé. L'amortissement d'un véhicule de tourisme est plafonné, celui d'un utilitaire ne l'est pas, et la TVA sur le carburant n'est récupérable qu'en partie pour un véhicule de tourisme (80 % en général), en totalité pour un utilitaire. Si vous utilisez votre véhicule personnel au réel, le logiciel doit savoir calculer des indemnités kilométriques. L'outillage et les machines, eux, s'amortissent sur plusieurs années.
Apprentis et salariés
Un apprenti est un salarié : contrat, bulletin de salaire, déclaration sociale nominative. Sa rémunération dépend de son âge et de l'année de son contrat, en pourcentage du Smic. Les solutions comparées sur cette page ne produisent pas les bulletins de salaire. Pour la paie, trois voies existent : un logiciel de paie dédié, un prestataire spécialisé, ou un cabinet d'expertise comptable qui propose ce service en plus de la comptabilité. Demandez-le explicitement avant de signer.
Banque, justificatifs et pilotage
Le logiciel se connecte à votre compte professionnel, classe les opérations et vous laisse valider. Pour un artisan, le gain se mesure surtout sur les petits achats répétés : un ticket de quincaillerie ou de grossiste photographié sur place vaut mieux qu'un tas de papiers en fin de mois. Un tableau de bord simple (encaissements, achats, TVA à payer, trésorerie) suffit largement.
Chantiers : ce qui relève de la page BTP
Si vous posez, installez ou rénovez, trois sujets s'ajoutent : les factures de situation et les acomptes, la retenue de garantie, et l'autoliquidation de la TVA en sous-traitance. Ils sont détaillés sur la page consacrée au BTP, qui compare aussi les logiciels de devis et de chantier. Pour un artisan du bâtiment, le plus simple est de lire les deux pages.
Bilan, liasse fiscale et accès de l'expert-comptable
Au réel ou en société, il faut produire un bilan et une liasse fiscale chaque année. Le logiciel doit soit les générer, soit permettre à un expert-comptable d'accéder à vos écritures et d'exporter le fichier des écritures comptables (FEC). C'est souvent le moment où un artisan qui avait démarré seul préfère déléguer.
Les fonctionnalités d'un logiciel comptable pour artisan, selon la situation
| Fonctionnalité | Micro-entreprise | EI au réel | Société (EURL, SASU) |
| Devis et facturation conformes |
Indispensable | Indispensable | Indispensable |
| Livre des recettes et registre des achats |
Indispensable | — | — |
| Synchronisation bancaire |
Utile | Indispensable | Indispensable |
| TVA à plusieurs taux |
—franchise en base sous les seuils | Indispensable | Indispensable |
| Achats et valorisation du stock |
Utilesi vente de marchandises | Indispensable | Indispensable |
| Caisse certifiée ou attestée |
Utilesi assujetti à la TVA | Utilesi encaissement de particuliers | Utilesi encaissement de particuliers |
| Gestion du véhicule |
— | Utile | Utile |
| Bilan et liasse fiscale |
— | Indispensable | Indispensable |
| Paie des salariés et apprentis |
— | Utilesi salariés | Utilesi salariés |
Micro, EI au réel ou société : ce que ça change pour le logiciel
En micro-entreprise, vous ne tenez pas de comptabilité au sens strict : un livre des recettes, un registre des achats si vous revendez des marchandises, et vos déclarations suffisent. Pour le calcul de l'impôt, l'administration applique un abattement forfaitaire qui remplace vos charges réelles : 71 % pour une activité de vente (boulangerie, boucherie), 50 % pour une prestation de services (coiffure, esthétique, réparation). Une activité mixte cumule les deux. En 2026, les plafonds de chiffre d'affaires sont de 203 100 € pour la vente et de 83 600 € pour les prestations, ce second plafond s'appliquant aussi à la part de services d'une activité mixte. Pour un artisan qui n'achète presque rien et facture des particuliers, un outil gratuit de devis et de facturation suffit.
Le calcul change quand vos charges dépassent l'abattement. Un boulanger qui achète sa farine, son énergie et ses emballages, un garagiste qui achète des pièces et finance son atelier : leurs dépenses réelles dépassent vite 71 % ou 50 % du chiffre d'affaires. Au réel, elles sont déduites pour leur montant exact, mais il faut tenir une comptabilité complète, suivre le stock et produire bilan et liasse fiscale. C'est à ce moment que la gestion des achats, de la TVA par taux et l'accès d'un expert-comptable deviennent décisifs.
Dans le bâtiment, où la statistique publique est la plus précise, près de six créations sur dix des douze derniers mois se sont faites en entreprise individuelle et quatre sur dix en société. La société, SARL, EURL, SAS ou SASU, sépare le patrimoine et ouvre à l'embauche, mais impose bilan, liasse et dépôt des comptes. L'embauche d'un apprenti ou d'un premier salarié fait aussi entrer la paie dans l'équation, quelle que soit la forme. Choisir dès le départ un outil qui couvre les trois cas évite une migration de données en cours de route.