Les fonctionnalités d'un logiciel comptable pour graphiste
Un graphiste n'a pas besoin d'un logiciel de gestion lourd, mais ses factures ont des particularités : cession de droits, acomptes, plusieurs taux de TVA, clients agences qui paient à 30 ou 60 jours. Voici les fonctionnalités à vérifier, et celles qui deviennent indispensables selon votre statut.
Factures avec détail de la cession de droits
Une cession de droits d'auteur doit être écrite et préciser ce qui est cédé : les droits, les supports, le territoire et la durée. Sur la facture, il est d'usage de distinguer la création et la cession, et de prévoir une clause qui ne transfère les droits qu'au paiement intégral. Un bon outil vous laisse enregistrer ces lignes et ces mentions dans un modèle, en plus des mentions obligatoires : numérotation continue, identité des parties, prix hors taxes, pénalités de retard et, pour les clients professionnels, indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement.
Devis par phases, pistes, retouches et acomptes
Un projet de logo ou de charte se découpe en pistes créatives, tours de retouches et livraison des fichiers sources. Le devis doit chiffrer chaque phase et prévoir ce qui se passe au-delà du nombre de retouches convenu. Un acompte facturé avant de lancer le travail limite le risque d'impayé : l'outil doit transformer le devis accepté en facture d'acompte puis en facture de solde sans ressaisie.
TVA à plusieurs taux et franchise en base
Sous la franchise en base, vous ne facturez pas de TVA et la facture porte la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI ». Pour les prestations de services, le seuil est de 37 500 € de chiffre d'affaires en 2026, avec une tolérance jusqu'à 41 250 €. Les artistes-auteurs ont une franchise propre : 50 000 € (tolérance 55 000 €) pour les cessions de droits et les ventes de leurs œuvres, 35 000 € (tolérance 38 500 €) pour leurs autres activités. Au-delà, la TVA s'applique. Une cession de droits patrimoniaux d'auteur (reproduction, représentation) relève du taux réduit de 10 %, alors qu'une prestation sans création (retouche, déclinaisons, conseil) reste à 20 %. Le logiciel doit donc accepter deux taux sur une même facture et calculer la TVA collectée et déductible sur la période.
Déclaration du chiffre d'affaires à l'URSSAF
En micro-entreprise, vous déclarez votre chiffre d'affaires encaissé chaque mois ou chaque trimestre. Un logiciel qui ventile les encaissements par période et pré-remplit la déclaration évite l'oubli et les pénalités. Cette fonction ne couvre pas les déclarations propres aux artistes-auteurs, qui se font une fois par an auprès de l'Urssaf Limousin, sur son site dédié aux artistes-auteurs : l'outil vous aide à suivre vos revenus d'auteur, il ne remplace pas ces démarches.
Synchronisation bancaire et justificatifs d'abonnements
Suite créative, polices, banques d'images, hébergement de portfolio : les abonnements reviennent chaque mois et chacun doit être justifié. La synchronisation bancaire récupère les prélèvements et l'application associe la facture de l'éditeur à l'opération. Elle rapproche aussi les virements des agences des factures émises, pour voir ce qui reste à encaisser.
Matériel, abonnements et amortissements
Au réel, l'ordinateur, la tablette graphique, l'écran calibré et les abonnements sont des charges déductibles. En BNC, un bien durable d'un montant supérieur à 500 € HT s'inscrit à l'actif et s'amortit sur plusieurs années ; en dessous, petit matériel, outillage et logiciels peuvent être déduits directement, par tolérance de l'administration. En micro-entreprise, aucune de ces dépenses n'est déductible : l'abattement forfaitaire les remplace. Un abonnement facturé par un éditeur situé hors de France peut aussi relever de l'autoliquidation de la TVA, que le logiciel doit savoir traiter.
Clients agences et relances
Les agences paient souvent à 30, 45 ou 60 jours, parfois après validation interne du client final. Un tableau des factures échues, des relances automatiques et le calcul des pénalités de retard font gagner du temps sur un poste qui, pour beaucoup de graphistes, est le premier motif de tension de trésorerie.
Passage au réel, en société et accès de l'expert-comptable
Au réel, la comptabilité se renforce : en BNC, un registre des recettes et des dépenses et la déclaration 2035. En EURL ou en SASU, elle devient complète, avec bilan, liasse fiscale et dépôt des comptes. Le logiciel doit soit produire ces documents, soit permettre à un expert-comptable d'accéder aux données et d'exporter le fichier des écritures comptables (FEC). Choisir dès le départ un outil qui couvre aussi ces régimes évite de migrer en cours d'année.
Les fonctionnalités d'un logiciel comptable pour graphiste, selon la situation
| Fonctionnalité | Micro-entreprise | EI au réel | Société (EURL, SASU) |
| Facturation avec détail de la cession de droits |
Indispensable | Indispensable | Indispensable |
| Devis par phases et acomptes |
Utile | Utile | Utile |
| Déclaration URSSAF du CA |
Indispensable | — | — |
| Suivi des revenus d'auteur |
Utilesi artiste-auteur | Utilesi artiste-auteur | — |
| Synchronisation bancaire |
Utile | Indispensable | Indispensable |
| TVA à plusieurs taux |
Utilehors franchise en base | Indispensable | Indispensable |
| Matériel et abonnements déductibles |
— | Indispensable | Indispensable |
| Bilan et liasse fiscale |
— | — | Indispensable |
| Déclaration 2035 (BNC au réel) |
— | Indispensable | — |
Artiste-auteur, micro-entreprise ou réel : ce que ça change pour le logiciel
Le statut d'un graphiste dépend de la nature de ce qu'il vend, pas seulement de son choix. Quand l'activité produit des œuvres originales protégées par le droit d'auteur (logo, identité visuelle, illustration, affiche), les revenus relèvent du régime des artistes-auteurs, dont les cotisations sont gérées par l'Urssaf Limousin. Une prestation d'exécution sans création propre, comme de la mise en page ou de la retouche, relève plutôt d'une activité indépendante classique, en micro-entreprise ou au réel. Beaucoup de graphistes ont les deux types de revenus : c'est un point à faire valider auprès de l'Urssaf avant de choisir un outil.
Côté impôt, les deux cas relèvent en principe des bénéfices non commerciaux : le micro-BNC s'applique jusqu'à 83 600 € de recettes en 2026, avec un abattement forfaitaire de 34 %. Exception : des droits d'auteur intégralement déclarés par vos clients sont imposés par défaut comme des salaires, sauf option pour les BNC. Pour un graphiste, le chiffre d'affaires moyen déclaré par un micro-entrepreneur du secteur est de 5 194 € par trimestre, soit environ 20 800 € par an (URSSAF, T4 2025). À ce niveau, l'outil gratuit suffit. Le réel devient plus intéressant quand les charges dépassent 34 % du chiffre d'affaires : matériel, suite créative, coworking ou sous-traitance d'un illustrateur pèsent vite. Il impose alors un registre des dépenses, la déclaration 2035 et un suivi des immobilisations.
La société se pose plus tard. L'EURL ou la SASU se justifient quand le chiffre d'affaires s'approche du plafond micro, quand vous employez des collaborateurs ou que vous voulez arbitrer entre salaire et dividendes. Les factures et l'historique doivent alors suivre l'outil, sans repartir de zéro. Les cessions de droits d'auteur ne disparaissent pas : leur traitement social et fiscal en société est un point à étudier avec un expert-comptable.